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10 Mar 2015

Le 8 Mars et la légende du “8ème jour de la semaine” par le professeur Nouzha GUESSOUS

Célébrer le 8 mars est devenu incontournable depuis qu’en 1977,

Chercheuse et consultante en bioéthique et droits humains, Nouzha Guessous est ancienne professeure de biologie médicale à la Faculté de médecine de Casablanca, et chercheure associée auprès du Centre Jacques Berque. Dr Guessous a été présidente du Comité international de bioéthique de l’Unesco. Elle a aussi participé à la Commission consultative royale chargée de la réforme de la Moudawana

les Nations unies l’ont proclamé «Journée internationale des femmes». Depuis, cette journée est devenue l’occasion de faire le point sur la situation des femmes dans chaque pays, de relever les progrès réalisés et de mettre en exergue les injustices et entraves à leur pleine jouissance de leurs droits à la dignité,  la citoyenneté et l’égalité. L’objectif supposé étant la réflexion, la définition et la mise en œuvre des mesures à même de corriger les injustices liées au genre.

Qu’en est-il sous nos cieux marocains? Que découle-t-il de cette célébration en termes de mesures en faveur des femmes? Pas grand-chose hélas. Quelques roses offertes, plus de temps de parole sur les tribunes médiatiques, quelques femmes honorées, mais rarement (pour ne pas dire jamais) des annonces de décisions de grande envergure. Le 9 mars, «la fête de LA femme» comme on l’appelle parfois est finie. Redescendez Mesdames sur terre, les choses redeviennent ce qu’elles étaient avant.

Dans les récits bibliques de la Genèse, le «huitième jour de la semaine» est présenté comme le «Dernier Grand Jour  ou  Jour du Jugement», et comme le  «Jour du miracle (de la résurrection)».

Cette année, Il me prend un désir de rêver: rêver de faire du 8 mars 2015 et des suivants l’équivalent moderne 8e jour de la semaine pour les femmes du Maroc d’aujourd’hui et de demain.

En faire le jour du Grand jugement. Cela  impliquerait  la reconnaissance et l’engagement des responsables, des institutions et des citoyens en vue de la réparation des injustices envers les femmes. Mais que nenni me répondra-t’on! De quoi les femmes marocaines pourraient-elles bien se plaindre? Ne sont-elles pas les lustres qui illuminent et enjolivent nos intérieurs? Cette qualification brillante fait aujourd’hui office de jurisprudence puisqu’elle émane d’une déclaration publique de notre chef du gouvernement du haut de la tribune du Parlement face aux représentants du peuple. Peut-on rêver mieux?  Pour ne pas les exposer aux bousculades et autres violences de la rue et sur les lieux de travail, il a même fait un aveu. Si ça ne tenait qu’à lui, il envisagerait  même, dans la continuité de nos  traditions de grande  générosité en matière de primes de déplacements, d’accorder aux femmes une prime de «restez chez vous». Idée lancée en l’air? Peu importe, c’est l’intention qui compte.  En attendant, mieux vaut, dit-il, que nos femmes  restent bien au chaud dans les atmosphères douillettes de leurs foyers. Là au moins, il n’y a pas de risque de violences (Aïe!!!).  Cette générosité verbale de M. le chef du gouvernement montre bien qu’il  continue à définir et à penser  LA femme comme étant évidemment sous la tutelle et la charge matérielle et morale des hommes: pères, maris, fils, frères ou  oncles, etc. Peu importe si les enquêtes du HCP montrent que près de 20% des chefs de famille sont des femmes, chiffre qui ne tient pas compte des centaines de milliers de femmes travaillant dans les secteurs informels qui ne sont pas appréhendées par ces enquêtes! Et ce dogme continue à nous encadrer socialement, juridiquement et culturellement pour justifier des lois et pratiques inégalitaires et discriminatoires qui portent atteinte à la dignité et à la citoyenneté des femmes. Ça l’a toujours été, c’est comme ça et ça le restera pour toujours, n’est-ce pas là notre authenticité nationale?  Il ne peut donc être question d’égalité et il est légitime de maintenir la règle par laquelle, encore aujourd’hui, il faut deux femmes pour faire l’équivalent d’un homme, en témoignage comme en héritage. Il n’y a que la direction des  Impôts qui a une politique scrupuleusement égalitaire entre les hommes et les femmes. Saluons-la au passage.

Permettons-nous de rêver. Pour que ce 8 mars 2015 soit  le jour du miracle de l’engagement effectif de l’Etat et de la société pour un nouveau cycle. Un cycle de promotion et de protection de la dignité, de la pleine citoyenneté, de la justice et la non-discrimination des femmes dans notre pays. De toutes les femmes et dans tous les domaines.

Rêvons/prions pour une révision de nos lois, toutes nos lois. Pour leur mise en conformité avec l’égalité hommes-femmes proclamée dans la Constitution de 2011, et avec les instruments internationaux ratifiés par le Maroc. Pour une révision radicale du code pénal afin qu’il assure la sécurité physique et morale des femmes à la maison, dans la rue et sur le lieu du travail. Pour qu’il les protège contre toutes les formes de violence au lieu de protéger  «l’ordre des familles et la moralité publique». Pour que nos responsables nationaux acceptent de regarder la  réalité en face et revoir les lois concernant l’avortement.

Rêvons/prions pour une égalité des chances dans l’accès des petites filles et des femmes à l’éducation, la formation, la qualification et le marché du travail. Pour  l’autonomisation économique,  l’égalité salariale et la protection sociale des femmes.

Rêvons/prions pour la mise en œuvre de mécanismes transparents et équitables permettant l’accès à qualification égale des femmes aux postes de décisions.  Pour, enfin, voir naître  et fonctionner efficacement l’Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination.

Rêvons/prions pour que l’éducation à l’école, dans les mosquées  et  par les médias, inculque à nos enfants dès leur plus jeune âge  les valeurs de citoyenneté, de justice, d’égalité et de non-discrimination, d’ouverture, d’acceptation et de respect de l’autre quel qu’il soit et quels que soient son statut social, son sexe, sa religion, ses croyances ou ses pratiques cultuelles.

Rêvons/prions pour que nos responsables nationaux ne tiennent plus de propos humiliants pour les femmes.

Rêvons mais les yeux ouverts. Pour que le rêve prenne ses racines dans la réalité et agisse sur elle. Soyons vigilants, déterminés, et efficaces. Soyons  citoyens.

Et prions, chacun à sa manière. Mais œuvrons toutes et tous, à tous les niveaux et par tous les moyens légaux, à la réalisation de ces rêves et de ces prières.  Car «En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes.» [Le Coran, S13 V11]

leconomiste – 06/03/2015

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