Populaire dans l’opinion, en partie en raison de la baisse du prix des médicaments, critiqué par ses confrères et même ses camarades du parti (PPS), menacé par d’autres… El Houssaine Louardi, ministre de la Santé, est déterminé et défend ses projets. D’abord, en menant bataille pour la refonte de la loi sur l’exercice de la médecine. Ensuite, en faisant un peu le ménage en interne, en fermant les cliniques qui ne sont pas aux normes et en s’attaquant aux marges de l’industrie pharmaceutique. Les baisses des prix des médicaments se poursuivront progressivement révélant ainsi les marges importantes du secteur. Elles permettront ainsi d’élargir la liste des médicaments remboursables par l’assurance maladie.
Louardi bénéficie aussi de l’appui du chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, qui n’a pas hésité à accorder une dérogation au décret sur les marchés publics pour la construction des CHU. Ce qui a permis de dissocier l’appel d’offres en deux: un pour l’architecte et le bureau d’études et l’autre pour l’entreprise. Une opération profitable puisqu’elle permet d’aller vite et d’éviter les éternelles disputes entre les différentes parties prenantes tout en assurant le contrôle. Un appel d’offres international est également lancé pour le choix de l’entreprise. «Construire un hôpital de 2,4 milliards de dirhams n’est pas chose facile. Il faut qu’il répond à certaines normes et le ministère a mis en place un référentiel. Nous avons lancé l’appel d’offres avec l’idée d’intégrer les entreprises marocaines», soutient le ministre.
Invité au Club de L’Economiste, Louardi affiche sa satisfaction vis-à-vis de la loi sur la médecine qui, malgré le tollé que ce texte a soulevé auprès des professionnels de la santé, n’a pas été rejetée au Parlement: «Il faut arrêter de jouer double jeu et de raconter aux citoyens que c’est une mauvaise loi. Le projet a d’ailleurs été voté à l’unanimité à la deuxième Chambre du Parlement», souligne le ministre. Il s’interroge aussi sur la concomitance de la publication des photos sur les réseaux sociaux avec les discussions du projet de loi sur l’exercice de la médecine et les décisions prises au sein du ministère: «Malgré toutes les pressions je ne céderai pas d’un iota».
Pragmatique, Louardi reconnaît qu’à elle seule cette loi ne réglera pas tous les maux du secteur de la santé. Car, si l’ouverture du capital des cliniques aux investisseurs privés (autres que les médecins) a échoué dans certains pays, c’est pour deux raisons. La première, c’est l’absence d’un schéma régional de l’offre de soins. Sur ce point, la carte sanitaire sera le référentiel en fonction duquel les investissements dans le matériel médico-technique, les cliniques et hôpitaux s’effectueront. Elle a été adoptée par le Conseil de gouvernement.
La deuxième raison de l’échec enregistré dans d’autres pays est liée à la couverture sanitaire universelle. Un dossier sur lequel le Maroc avance avec l’extension progressive de la couverture médicale généralisée: une AMO pour les salariés, une autre pour les agents de l’Etat et les collectivités locales, laquelle sera bientôt étendue aux étudiants. Le gouvernement a également tranché pour les indépendants.
Mais est-ce une garantie suffisante à la réussite de la stratégie santé? Tout dépendra de l’application du texte mais pas seulement, concède le ministre. Des ajustements et réglages importants doivent être réalisés tant en termes d’offres de soins qu’au niveau de la gestion des couvertures existantes.
Au niveau du Ramed, la distribution des cartes ne garantie pas un accès automatique aux soins de santé. Les dysfonctionnements du secteur ne disparaîtront pas d’un coup de baguette magique. Pour le ministre, la loi sur l’exercice de la médecine propose une solution via le partenariat public-privé.
De même, l’architecture actuelle de la gestion de la couverture médicale devrait être «corrigée» avec une séparation entre la gestion et la régulation. Car si l’Agence de l’assurance maladie (ANAM) est chargée de la régulation pour l’AMO, la loi l’autorise à gérer le Ramed. Un décret a par la suite transmis cette prérogative au ministère de la Santé. Entre l’Anam et le ministère de la Santé, la gestion du Ramed a toujours fait l’objet de discussions. L’Agence voulait récupérer ses prérogatives en tant que gestionnaire du Ramed. La Commission interministérielle sur l’assurance maladie présidée par le chef du gouvernement en a décidé autrement: un appel d’offres pour le choix d’un gestionnaire du Ramed sera lancé.
L’imbroglio juridique sur la gestion du Ramed est tel que les cotisations collectées par les collectivités locales sont bloquées. La Santé n’arrive pas à récupérer près de 80 millions de dirhams. En étant gestionnaire, ce département a du mal à disposer d’un budget plus important pour financer le Ramed. «Le ministère des Finances nous explique que la population concernée a toujours été soignée par les hôpitaux sur présentation du certificat d’indigence», souligne le ministre.
Khadija MASMOUDI
L’ECONOMISTE 19/01/2015
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