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11 Feb 2015

Maroc: un médecin sanctionné après un reportage de France 2 sur l’avortement

Rabat – Un médecin, figure de proue de la lutte contre l’avortement clandestin au Maroc, a affirmé mardi avoir été démis de ses fonctions de chef de service pour sa participation à un reportage d’une émission de la chaîne de télévision France 2 sur le sujet.

“J’ai appris par arrêté ministériel que je ne suis plus chef de service à la maternité”, a déclaré à l’AFP le professeur de gynécologie et président de l’Association marocaine de lutte contre les avortements clandestins (Amlac), Chafik Chraïbi, confirmant des informations des quotidiens Al Akhbar et Al Massae.

Ce médecin s’est dit “surpris” par la décision et a fait part de son intention de contester administrativement la mesure.

L’annonce de cette décision a également entraîné de vives réactions sur les réseaux sociaux. En quelques heures, mardi soir, plus de 3.000 personnes avaient apporté leur soutien au professeur Chraïbi sur une page Facebook.

Sollicité par l’AFP, le ministère de la Santé n’a pas donné suite. Le mois dernier, il avait indiqué avoir diligenté une enquête interne sur les conditions de tournage du reportage de France 2, consacré aux avortements clandestins.

Ce sujet a été tourné “sans autorisation de notre ministère”, durant 15 jours et au sein de la maternité de Rabat où M. Chraïbi exerce, avait alors expliqué à l’AFP un responsable de ce département.

“Je ne vois pas ce que l’on peut me reprocher”, a pour sa part rétorqué le professeur Chraïbi, selon qui les journalistes “disposaient bien d’une autorisation de tournage”.

Diffusé en décembre dans l’émission “Envoyé spécial”, le sujet évoquait le “drame” des avortements clandestins au Maroc, au nombre de 600 à 800 chaque jour, selon l’Amlac. Plusieurs dizaines de femmes décèdent chaque année lors de tels actes, selon d’autres ONG.

“Mon discours est connu et me semblait compris: je ne milite pas pour l’avortement, mais pour sauver la vie d’enfants et de femmes”, a encore expliqué Chafik Chraïbi, qui plaide depuis de nombreuses années en faveur de l’extension de la notion de “danger” encouru par la femme, unique condition légale à une IVG.

Au Maroc, l’avortement est en effet puni par des peines d’un an à cinq ans de prison, mais des débats existent pour assouplir la législation, en cas d’inceste notamment.

En 2012, des députés, des représentants de la société civile et des médecins avaient plaidé pour une réforme de cette loi, dans une rare conférence regroupant l’ensemble de ces acteurs, organisée par l’Amlac.

AFP 10/02/2015

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